Traditionnellement, les services des CJP sont offerts à partir d’un point de service, où les personnes doivent se déplacer ou communiquer par téléphone pour y accéder. Certains Centres déploient aussi des initiatives hors les murs, en allant vers les gens. C’est cette approche que le projet Juriste mobile cherche à renforcer et à documenter : aller à la rencontre des personnes, leur offrir un accompagnement mobile, ancré dans leurs milieux de vie et adapté à leur réalité.
Cette transformation implique plusieurs actions concrètes, notamment :
- Rejoindre les personnes là où elles vivent, plutôt que de les attendre dans un lieu prédéfini ;
- Adapter les stratégies d’intervention aux spécificités de chaque milieu, et non l’inverse ;
- Cibler des publics avec des besoins particuliers, souvent mal desservis par les services juridiques existants ;
- Collaborer activement avec les ressources locales, qu’elles soient communautaires ou institutionnelles.
L’objectif est d’appliquer, de renforcer, et d’évaluer la pertinence de la proximité des services juridiques sous différentes formes. Et ce faisant, rendre les services plus accessibles, adaptés et intégrés aux réalités des personnes.
Trois dimensions pour penser la proximité
Pour structurer cette nouvelle approche, l’équipe du projet a étudié les origines et l’application de la notion de proximité en droit, ainsi qu’en économie et en sciences sociales. Cet exercice a donné lieu à l’élaboration d’une typologie de la proximité en trois grandes dimensions.
1. Proximité géographique : réduire les distances
La première dimension, la proximité géographique, fait référence à la distance physique entre les individus et les services. Cela inclut des aspects très concrets comme :
- le temps de déplacement ;
- les coûts de transport ;
- la perception subjective de l’accessibilité.
En rapprochant les services juridiques des milieux de vie des personnes, cette dimension favorise un sentiment d’appartenance au territoire et facilite les interactions locales.
2.Proximité relationnelle : créer un lien
La proximité relationnelle met l’accent sur la qualité humaine de la relation entre la personne et le service juridique. Ici, ce qui compte, c’est :
- la capacité d’écoute des intervenantes et intervenants ;
- l’empathie démontrée dans l’accueil ;
- la compréhension du vécu et des besoins des personnes.
Cette proximité vise à établir un lien de confiance et à encourager la participation active des personnes dans les démarches juridiques qui les concernent. C’est aussi une manière de reconnaître la dignité et l’autonomie de chacun.
3.Proximité administrative : repenser l’organisation
Enfin, la proximité administrative concerne la manière dont les services eux-mêmes sont conçus pour s’adapter aux individus. Elle comprend deux volets :
- La proximité organisationnelle, qui touche aux horaires, aux processus internes, à la flexibilité du service ;
- La proximité institutionnelle, qui concerne la coordination entre les différents acteurs (CJP, organismes communautaires, institutions) et l’adaptation aux normes et cultures locales.
Une approche évolutive et contextuelle
Ces trois dimensions ne sont pas figées : la proximité se décline en nuances. Il ne s’agit pas d’être ou de ne pas être « en proximité », mais plutôt d’agir plus ou moins en proximité, selon les contextes, les moyens disponibles et les besoins exprimés.
Évaluer pour mieux agir
Pour nous permettre d’évaluer la pertinence des différentes stratégies, notre partenaire de recherche, l’Institut québécois de réforme du droit et de la justice (IQRDJ), a développé des outils d’évaluation adaptés au projet. Cette évaluation se fera à deux niveaux :
Niveau micro : chaque intervention compte
À cette échelle, l’analyse portera sur la capacité d’une intervention précise à améliorer l’accès au droit et à la justice pour une population donnée. On examine par exemple si les besoins particuliers sont bien compris, si les personnes se sentent écoutées et en confiance, si elles se sentent mieux outillées, si le service a eu un impact sur leur perception de la justice.
Niveau macro : penser l’avenir
Ici, l’objectif est d’évaluer l’impact et la pertinence du modèle de proximité adopté par ces approches, en théorie et en pratique.
À terme, l’objectif de ces évaluations sera de pouvoir déployer, transférer et reproduire les approches les plus concluantes selon les besoins et contextes.
Trois outils pour documenter le changement
Afin de nourrir cette évaluation, trois outils d’évaluation seront utilisés :
- Des entretiens semi-dirigés avec des juristes impliqués dans le projet, pour recueillir leur expérience de terrain et identifier les bons coups comme les obstacles rencontrés ;
- Des questionnaires aux bénéficiaires, pour mesurer leur satisfaction, leur compréhension des démarches juridiques, et l’impact concret de l’intervention sur leur situation ;
- Un monitoring continu, réalisé avec l’ensemble des juristes participants au projet, pour suivre l’évolution des pratiques et ajuster les approches grâce à des cycles de rétroaction.
Vers une justice de proximité améliorée
En repensant la proximité sous toutes ses formes — géographique, relationnelle, administrative — ce projet documente la voie vers un modèle de justice plus accessible, plus souple et plus enraciné dans les communautés.
Un modèle qui pourrait peut-être, demain, devenir la norme plutôt que l’exception.


